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HISTOIRE
D’A. |
Voilà une dizaine d’années que les derniers postiers ambulants ont rangé leurs sacs de voyage et que les derniers wagons postaux ont disparu des gares. Que de souvenirs !
Pendant près d’un siècle et demi, même si les conditions matérielles se sont améliorées peu à peu, les façons de travailler des derniers ambulants n’avaient pas beaucoup changé par rapport à celles de leurs aînés, « Les seigneurs de la Poste ». Tout se faisait à la main, au coude à coude, dans une grande promiscuité, presque toujours la nuit, dans la chaleur étouffante l’été ou les courants d’air glacés l’hiver, dans la poussière et le bruit, les cris, les haut-parleurs des gares, les secousses, l’affolement des fermetures et des monceaux de lettres et de paquets, partout, à peine la place de circuler et puis la fatigue, le sommeil. Il fallait vraiment aimer ce travail, cette vie de nomade difficile, loin de sa famille et cependant la plupart n’auraient jamais voulu changer d’affectation. Mais ils aimaient travailler en équipe, malgré un état d’esprit souvent très indépendant, ils appréciaient une hiérarchie peu pesante et en général une discipline auto-consentie. Et puis, il y avait une ambiance qu’on n’aurait jamais pu trouver dans un autre service. Il faut avoir voyagé pour comprendre cela. Pratiquement sans contact avec la Direction des ambulants, c’était un monde à part. Enfin, il y avait les « bouts de ligne », en général très appréciés de tous les ambulants, mais ceci est une autre histoire, il y aurait trop à raconter et comme on disait entre nous : « ceci ne sort pas du wagon ».Jean Boyer
Ambulant sur Marseille à Lyon
(1967-1989)